LES MULTINATIONALES DE
L’AGRICULTURE, L’AGROALIMENTAIRE
Jose Gómez Cerda
Président de l'Association dominicaine des Journalistes et Ecrivains (ADPE)
Coordinator ACMOTI
Le grand pouvoir dont disposent les
transnationales se traduit par le fait qu’elles affichent 51% des plus grosses
concentrations de richesse dans le monde, alors que les États ne possèdent que
les 49% restants.
Le chiffre d’affaires (CA) de Mitsubishi est
plus élevé que le produit national brut (PNB) de l’Indonésie ; le CA de Ford
dépasse le PNB de l’Afrique du Sud, et Royal Dutch Shell a plus de revenus que
toute la Norvège.
Les pays industrialisés détiennent 97% des
brevets enregistrés dans le monde. Une telle concentration n’est en rien
bénéfique en ce qu’elle s’érige en instrument de pression des transnationales à
l’encontre des pays les plus pauvres.
En 1998, les pays industrialisés membres de
l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) ont
échoué dans leur tentative d’imposer l’AMI, en raison « des réactions des
organisations de défense des droits de l’homme, des organisations syndicales et
plusieurs ONG ». Les transnationales de l’agroalimentaire lancent sur le marché
des graines hybridées d’organismes génétiquement modifiés (OGM) sans qu’on ait
pu déterminer à ce jour les possibles dangers pour la santé humaine.
C’est ainsi qu’elles altèrent des méthodes de
culture qui remontent à des milliers d’années et qui avaient permis aux paysans
de produire leur récolte et d’en réserver une partie pour les cultures des
saisons suivantes.
Les sociétés multinationales, ou MONDIALES,
jouent un rôle essentiel dans le processus de mondialisation. On peut même
affirmer que ce sont elles qui ont le plus appuyé ce processus.
Mais les société multinationales ne sont pas
seules ; elles collent aux centres de pouvoir de l’économie moderne.
De fait, elles peuvent se payer les services
de techniciens, spécialistes et experts dans tout domaine, et ensuite exercer
des pressions à tous les niveaux. En outre, elles disposent de la technologie et
de l’informatique la plus sophistiquée actuellement ; elles occupent donc le
centre même du pouvoir.
À l’heure actuelle, les principales sociétés
du secteur agroalimentaire sont :
20 GRANDES SOCIÉTÉS AGROALIMENTAIRES DU MONDE
|
GROUPE |
PAYS
|
SECTEURS |
COMMERCE (milliards US$) |
|
Philip Morris |
États-Unis |
Produits multiples |
53,288 |
|
Cargill |
États-Unis |
Céréales |
50 |
|
Nestlé |
Suisse |
Produits multiples |
40,247 |
|
Pepsi Cola |
États-Unis |
Boissons |
28,472 |
|
Unilever |
Pays-Bas |
Produits multiples |
26,15 |
|
Coca Cola |
États-Unis |
Boissons |
23,828 |
|
Conagra |
États-Unis |
Produits multiples |
23,512 |
|
RJB Nabisco |
États-Unis |
Produits multiples |
15,366 |
|
Danone (BSN) |
Francia |
Produits multiples |
12,843 |
|
Anheuser Bush |
États-Unis |
Bière |
11,364 |
|
Grand Metropolitan |
Royaume Uni |
Produits multiples |
11,3 |
|
Snow Brand Milk P |
Japon |
Industrie laitière |
10,6 |
|
Archer Daniels M |
États-Unis |
Graisses végétales |
10,344 |
|
Bunge & Born |
Argentine |
Céréales |
9,5 |
|
Maruha(Tayco Fis.) |
Japon |
Pêche |
9,221 |
|
Eridania/Beghin-Say |
Italie |
Graisses végétales |
9,221 |
|
Kirin Brewery |
Japon |
Bière |
9,020 |
|
George Westron Ltd. |
Canada |
Produits alimentaires |
8,939 |
|
General Mills |
États-Unis |
Produits multiples |
8,517 |
|
Allied Domeneq |
Royaume Uni |
Vins et liqueurs |
8,375 |
MONDIALISATION ET COMMERCE
INTERNATIONAL AGRICOLE
Ces dernières années on observe une
accélération progressive de l’activité économique mondiale. Ainsi, les pays
ayant réussi à relever leur croissance sont de plus en plus nombreux. Dans le
secteur agricole, néanmoins, les choses sont plus nuancées. La tendance veut que
les pays du Sud doivent produire toujours davantage, à meilleur marché, et
continuer d’acheter au Nord des articles et des produits toujours plus chers.
L’agroalimentaire ressent les effets des
grands groupes économiques. Autant les multinationales que les sociétés dites
« mondiales » perfectionnent toujours davantage les technologies des
télécommunications et de l’information.
Ces effets sont surtout dommageables pour les
petits producteurs et pour les travailleurs en général.
Même si le monde produit suffisamment
d’aliments pour nourrir toute la population de la planète, une personne sur
trois continue d’avoir faim et de souffrir pénuries et carences alimentaires. Et
ce, pour plusieurs raisons : les guerres, les ressources naturelles, la
distribution des aliments et le commerce mondial.
Dans le commerce international, ce sont les
pays industrialisés du Nord qui fixent les prix de vente de leurs produits et
articles. Mais ce sont ces mêmes pays qui fixent les prix des produits des pays
pauvres du Sud.
Avec les règles économiques actuelles et les
conséquences du protectionnisme, la détérioration des termes de l’échange et la
domination des marchés par le pouvoir économique et financier d’un circuit
économique très restreint et très puissant, le commerce international est devenu
un outil d’absorption de matières premières bon marché, de captation des
capitaux. C’est ainsi qu’augmentent les inégalités dans les relations Nord-Sud,
que s’accentue l’injustice sociale et économique sur le plan mondial, cause
principale de la détérioration économique et politique de nombreux pays du Sud.
La plupart des pays industrialisés du Nord
subventionnent leur agriculture. Il s’agit là d’un avantage et d’un privilège
éhonté, alors que la politique économique imposée aux pays pauvres est celle des
programmes d’ajustement structurel, qui exigent des gouvernements qu’ils
s’abstiennent d’intervenir dans les affaires de commerce international et qu’ils
mettent en œuvre la libéralisation douanière.
Une telle situation place les pays pauvres du
Sud en situation désavantageuse, puisqu’ils doivent produire toujours plus,
vendre bon marché, acheter des produits de plus en plus chers. Tout ceci mène à
une balance commerciale défavorable en raison de facteurs imposés depuis
l’extérieur.
Il y a quelques années, le gouvernement des
États-Unis adoptait la loi sur la liberté agricole (« Freedom to Farm Act »),
destinée à protéger le marché de ce pays.
Cette législation changeait le système de
subventions agricoles alors en vigueur, accordait une totale liberté de
production, ainsi que des paiements globaux fixes, sans engagement.
Le gouvernement
des États-Unis dépense 48,5 milliards de dollars par an en subventions
permettant aux producteurs agricoles américains d’accroître leur production et
les exportations.
Cette nouvelle politique agricole de Washington est destinée à conquérir les marchés mondiaux de l’alimentation.
Les exportations américaines ont atteint une valeur de 60 milliards de
dollars et ont rapporté un bénéfice commercial de 30,5 milliards de dollars. La
finalité de cette politique est d’augmenter les exportations agricoles de 50%
par an.
En accordant des subventions aux producteurs
nationaux, la politique agricole des États-Unis ne manquera pas de retirer
plusieurs produits européens des marchés mondiaux, ainsi que la plupart des
produits des pays du Sud, incapables de jouer le jeu de la concurrence contre
des prix subventionnés de cette manière.
Or, c’est justement le système capitaliste
américain, étendard de la politique économique néolibérale, qui requiert une
libéralisation totale des marchés agricoles dans les pays du Sud.
En outre, M Franz Fischer, commissaire à
l’Agriculture de l’Union européenne, qui dispose de plus de 47 % du budget total
de l’Union, a déjà déclaré qu’il n’acceptait pas la libéralisation de tout le
marché européen et qu’il n’abandonnerait pas le sytstème des subventions
agricoles.
Ainsi, nombreux sont les producteurs agricoles
des pays du Nord qui touchent des subsides financés par les impôts payés par les
consommateurs, à la condition que leurs produits agricoles passent un contrôle
de qualité et respectent les quotas de production.
À cela s’ajoute le protectionnisme des pays
puissants, qui entrave la compétitivité de beaucoup de produits, mais va à
l’encontre des barrières tarifaires. S’ajoute également la dévaluation des
monnaies des pays du Tiers-Monde, souvent provoquée par les politiques
économiques imposées par les organismes financiers internationaux (Fonds
monétaire international, Banque mondiale, Organisation mondiale du commerce–OMC).
L’agro-industrie est aujourd’hui devenue une arme politique, stratégique et économique, brandie en étai d’arguments commerciaux qui évoque l’efficience et la compétitivité.
PRINCIPALES SOCIÉTÉS
MULTINATIONALES OU MONDIALES FRABRICANTES D’OGM
Parmi les grandes sociétés multinationales ou
mondiales qui fabriquent les organismes génétiquement manipulés, nous pouvons
citer cinq principales, à savoir :
NOVARTIS, MONSANTO, ZENECA, AGROEVO et DUPONT.
1. NOVARTIS, société suisse
Née de la fusion des sociétés CIBA-GEIGY et
SANDOZ.
Produits végétaux et pharmaceutiques.
Volume de ventes pour 1997 : 4,5 milliards de
dollars.
2. MONSANTO, société américaine
Ventes de produits agrochimiques en 1997: 3
milliards de dollars.
3. ZENECA, société britannique
Groupe agrochimique et pharmaceutique.
Fabricant du fongicide AMISTAR.
Volume des ventes de produits agrochimiques en
1997 : 4,5 milliards de dollars.
4. AGROEVO, société allemande
Elle vend des herbicides pour le colza et le
maïs.
Elle détient le contrôle de PLANT GENETIC
SYSTEMS, une petite entreprise belge (Flandres) autorisée depuis 1997 à
commercialiser un OGM du colza dans toute l’Europe.
Volume des ventes de produits agrochimiques en
1997 : 2,1 milliards de dollars.
5. DUPONT, société américaine
Elle occupe le premier rang mondial du secteur
de la chimie.
Elle a récemment acquis les sociétés
américaines AMERICAN PIONEER HI-BREED INTERNATIONAL, un semencier de maïs, et
TECHNOLOGIES INTERNATIONAL, qui occupe 75% du marché mondial des protéines de
soja.
Les grandes multinationales qui vendent des
graines OGM sont les suivantes :
- ICI
- SANDOZ
- PIONEER
Analysons de plus près l’une de ces multinationales.
MONSANTO :
MONSANTO est l’une des principales
multinationales qui se consacre à la commercialisation des organismes
génétiquement modifiés. Elle incarne un véritable miracle boursier. Ses actions
étaient cotées à 11,5 dollars en 1994. En 1997, elles atteignaient 45 dollars.
Le capital actuel s’élève à 26 milliards de dollars.
Le produit principal de Monsanto est le
gliphosphate, un herbicide commercialisé sous le nom de ROUND-UP READY.
Monsanto se spécialise dans les secteurs
ci-après :
- Les graines agricoles génétiquement
modifiées, la phytogénétique, la biologie moléculaire
- La biotechnologie.
Les graines commercialisées sont : le soja, le
coton, le colza et le maïs.
En 1995, Monsanto a acquis, pour 150 millions
de dollars, la société AGRACETUS, propriétaire du brevet de manipulation
génétique du soja et du coton.
Ses investissements en R&D de biotechnologie
atteignait 450 millions de dollars en 1996.
En janvier 1997, Monsanto s’est portée
acquéreuse, pour un milliard de dollars, de HOLDEN’S FOUNDATION SEED, principal
producteur de graines de maïs. En février de cette même année, elle absorbait la
société CALGENE, productrice de tomates, de coton et de framboises, tous
génétiquement manipulés.
Des 12,14 millions d’hectares de culture
transgénique dans le monde, 7,68 millions appartenaient à Monsanto , ce
qui représente plus de 60% de la production mondiale.
On estime qu’en 1998, le Round Up Ready a été
utilisé sur un milliard d’hectares. Une campagne à l’échelle mondiale a
d’ailleurs été lancée pour l’utilisation de cet herbicide sur les champs de
maïs.
Monsanto a négocié un accord
de recherche avec la firme française FLAMEN TECHNOLOGIES, spécialisée en
formules, pour le développement d’une nouvelle présentation du Round Up Easy.
Toutes les entreprises qui achètent des graines
génétiquement modifiées doivent signer un contrat les obligeant à acquérir des
herbicides de Monsanto.
Au Canada, en 1998, près de 200 mille hectares
de carottes et autant de pommes de terre, toutes génétiquement modifiées, ont
été semés. En outre, il existe déjà 1,21 million d’hectares de cultures de
colza, et 1,01 million de coton, tous deux génétiquement modifiés. Toutes ces
cultures sont sous licence Monsanto.
L’objectif de la multinationale Monsanto est bien de prendre le contrôle mondial de toutes les chaînes d’alimentation, « de A à Z ».
José Gómez Cerda
Président de l'Association dominicaine des Journalistes et Ecrivains (ADPE)